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Jacques-Émile Blanche est un peintre français né à Paris. Il a acquis une grande réputation de portraitiste. Parmi ses chefs-d’œuvre, vous avez sûrement vu les portraits de son père, de Marcel Proust, de Pierre Louÿs, d'Aubrey Beardsley, ou d’Yvette Guilbert.

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Ami de Paul Helleu, Jacques-Emile Blanche publie dans Le Figaro un article bouleversant à sa mort : « Le souvenir d’Helleu » dont voici un extrait.

« Helleu était avant tout un peintre ; un peintre d’avant l’époque de l’Impressionnisme. L’eût-il voulu, Helleu, très prisé par Claude Monet, intéressait Degas, et serait classé avec les initiateurs de cette école. Il n’eût tenu qu’à lui de prendre rang en participant aux dernières expositions du groupe. Degas accueillait libéralement des peintres sans lien de parenté comme tendance, mais épris de modernismes.
Goncourt, Mirbeau, Huysmans, et tous les littérateurs et critiques
de ”l'avant-garde” prônaient Helleu
. Il avait beaucoup plus de talent que la plupart des champions de la nouvelle école. Par quel hasard une Mary Cassatt, par exemple, un Joseph de Nittis, un Zandomeneghi (et j’en passe !) furent-ils étiquetés impressionnistes ? Degas les protégeait, sa partialité les couvrait de son égide. Ils n’étaient soumis, dépendants. Helleu, lui, ne l’était pas. »

« Quand on ne sait comment définir les qualités très multiples d’un peintre, son œuvre très diverse, on dit qu’il était “plusieurs à la fois“ ; et cela revient à ne rien dire ; car un homme demeure lui-même jusque dans ses contradictions, Helleu fut absolument Un ; mais parfois après la mort d’un producteur trop fécond, certains aspects qu’il nous laisse de sa création l’emportent sur les autres. Il semblerait fatal qu’il en fût ainsi d’Helleu. Aussi bien, les organisateurs de la rétrospective, si légèrement traitée par des critiques doctrinaires qui se croient « avancés », eussent été mieux avisés en limitant leur programme. Quiconque est sensible à la peinture ne peu contester qu’Helleu en ait exécuté parfois de l’exquise, si l’on admet que Monet, Sisley, Berthe Morisot en firent de l’excellente. »

« Le type féminin lui est fourni dans son propre foyer par
la mince jeune femme pâle à la chevelure d’or rouge, coiffée du "canotier” de paille des Yachtwomen à Cowes. Elle posait infatigablement pour son mari sur le pont d’un bateau, demeure estivale du Breton, fils de marin. »

« Cherchons en Art la vérité éternelle, par ces jours d’inquiétude révolutionnaire, dans “l’ampleur d’une construction raisonnée”, “l’aveu d’une passion maîtrisée, d’un pessimisme vaincu et d’une conception des rapports de l’homme avec la nature dont la grandeur calme, sévère a quelque chose de religieux”. Car ainsi rédige t’on, quand on ne sait rien dire. »

« Helleu jouissait des spectacles gracieux d’un midi, avenue du bois,
se promenant avec Boldini, Sem, et Forain – puis rentrant dans un appartement tout blanc, plein de bibelots rares du dix-huitième siècle, se mettait à dessiner, à graver, à peindre jusqu’à la nuit. Helleu lisait le Temps, et se couchait tôt pour recommencer le lendemain sa tâche, à apprendre son métier, regarder de belles choses. »

« …
S’enivrant des chefs-d’œuvre de ses grands éducateurs, Boucher, Watteau, Corot, Manet, Monet. Il était simple, spontané, visuel, nullement métaphysicien et doctrinaire, l’opposé de ce qui sied aujourd’hui à un manieur de pinceaux, même s’il dresse des mâts pavoisés dans un ciel, dispose quelques anémones dans un vase, des pommes dans un compotier, ou s’il est portraitiste. Les courriers illustrés des modes féminines, nos magazines du dernier cri ont vulgarisé, pour l’usage des « snobinettes » et des snobs, nos contemporains, un style prétendument ”cubiste”, trente ans après qu’Helleu, par ses dessins et ses pastels, influença le goût, l’ameublement, le costume, la silhouette de nos belles. Trente ans avant Van Dongen et Marie Laurencin. Mais les modes se démodent. Bientôt elles semblent ridicules. Enfin elles reprennent du piquant. »

« Mais ne s’agit-il pas, avant tout, de se demander si, à côté de sa valeur transitoire de “modiste”, un artiste fut autre chose que cela ?
Pour Helleu, peintre, cela ne fait pas de doute. Il en fut un. »

«
Helleu était un grand garçon, mince, tout noir, avec le chapeau melon sur une tête d’Assyrien, en complet uniforme de serge noire. Une cravate-plastron remplaçait la chemise ou en bouchait les trous. Le seul luxe, plus que modeste, de ce dandy à la bourse plate, consistait en une canne d’ébène à pomme d’argent, cadeau d’une de ces quelques demi-mondaines pour membres du Jockey, avec lesquelles Marcel Proust composa le type d’Odette Swann ».
Blanche Jacques-Emile | Le souvenir d’Helleu | Le Figaro, 1927
« L’art de Helleu, peintre de portraits au pastel, naquit dans les salons dont Bourget était le littérateur, dont les symbolistes furent les poètes, Jean Lorrain le chroniqueur, Colette et Willy les vedettes. »

« Si Blanche ne cache pas les faiblesses de Helleu, celle du dessinateur surtout : “Il a négligé le fil à plomb, la règle et le compas ”, il célèbre avec bonheur le grand talent avec lequel Helleu “a exprimé la Tamis, à la fois diaprée et monochrome, lourde, impalpable et fugace, qui supprime plans et valeurs, à la manière de ces éclairages diffus que répand la coupe des plafonniers d’albâtre”.
Il rend hommage à Paul Helleu, collectionneur, grand bibelotier ”qui ne parlait que de Watteau, de Fragonard, de tapisseries d’après Boucher”. »

« Et puis, selon Blanche, Paul Helleu marque une date dans l’histoire du goût français parce qu’il a mis à la mode “le goût des choses anglaises et du Louis XVI”, et qu’il a débarrassé des maisons de beaucoup de laideurs. »
COLLET Georges-Paul | Jacques-Emile BLANCHE, le peintre-écrivain