|
|
|
 |
|
|
|
 |
|
|
|
 |
|
|
|
Chapitre I – Le geste féminin
« Inquiet sans cesse de la beauté et passionnément épris de ce mouvement féminin qu’il suit de toute la vivacité de ses yeux, M. Helleu a compris le geste de la femme moderne ; choisissant celles qui par leur nature répondent à sa conception première, il les regarde aller et venir au cours de leur existence jusqu’à ce qu’il les saisisse à l’instant même où par leur maintien elles donnent une image d’elles gracieuse et juste. Il y a un tact en M. Helleu qui lui permet d’écarter de son art les choses alourdissantes et de ne jamais se servir de ce qui ne signifie rien, ce tact esthétique qui en s’affirmant s’appelle le goût, qualité si familière aux peintres du XVIIIème siècle, qui s’était faite si rare parmi ceux du nôtre ; et même ce goût dominera tout en lui et deviendra la faculté directrice de son art. Très jeune, il en a perçu le charme profond, et lorsque, à vingt ans, par un effort de persistante volonté, il entre à l’école de la rue Bonaparte où on a placé dans l’atelier de M. Gérôme, il a une vision affinée déjà et, pour premier envoi au Salon, il avec son sentiment d’aujourd’hui, le portrait d’une toute jeune fille – qui bientôt va devenir sa femme et qui lui donnera ses plus délicates et ses plus précieuses inspirations.
Il se plait aux nuances simples, dans la pâleur des bleus et dans l’effacement des gris ; il aime le blanc et le noir jusqu’à pouvoir dire toute sa pensée à l’aide d’une simple pointe-sèche, et avec du noir mis sur du blanc il compose d’exquises colorations. »
« La femme que remarque M. Helleu n’est pas seulement d’un ordre social déterminé : sans doute tous les éléments d’une société doivent servir à la figuration d’un temps, mais ils ne contribuent pas tous à l’image de la femme, car celle-ci ne trouve sa valeur expressive que dans certaines conditions d’affinement et de liberté ; et il est juste dès lors de la chercher dans un milieu qui soit favorable à sa culture. Aussi M. Helleu laisse-t-il loin de lui et ce qui est vulgaire et ce qui est artificiel : l’ouvrière d’un côté, et d’un autre l’actrice. »
« La manière même dont travaille l’artiste contribue à donner à son œuvre gravé cette prestesse et cette légèreté qui nous font avoir l’illusion qu’un moment de vie s’est posé là. Il ne dessine pas en effet sur le papier d’abord pour reporter ensuite le dessin sur un cuivre, au moyen d’une répétition d’où la nature est absente et où s’efface le charme de l’émotion ; mais, par un procédé bien supérieur, très rarement pratiqué aujourd’hui et qui fut employé par Rembrandt, il jette immédiatement sur le cuivre la vie prise au vif et, regardant passer la mobilité de la femme, il la fixe de son diamant qui court. »
Chapitre II – Le sentiment de la femme
« Le geste de la femme n’est que l’image de son sentiment : aussi M. Helleu, en ayant de l’un cette profonde connaissance devait-il se familiariser avec l’autre ; et, parmi la multitude des mouvements, il a saisi les nuances de l’humaine tendresse et entrevu, en sa vérité d’aujourd’hui, l’âme de la femme.
Le geste est une extériorisation du désir ou de la pensée. »
« M. Helleu, dans son désir d’entrevoir le sentiment intime de la femme, a interrogé, comme les peintres du XVIIIème siècle, toutes les sinuosités de son corps ; et, sans rien perdre de son geste, allant de ses hanches à sa poitrine, de ses épaules à ses mains, de ses pieds à sa tête, dans une observation d’elle ininterrompue, il en vient à ses yeux et à ses lèvres qui sont la quintessence de sa physionomie, bien qu’ils soient d’elle ce qu’elle peut travestir le mieux. » |
|
|
|
BRICON Etienne | Psychologie d’Art, Les maîtres de la fin du XIXème siècle
| Société Française d’Editions d’Art, 1900 |
|
|
|
|
|
 |
|
|
 |
 |
|