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Helleu vu par
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« M. Jacques-Emile Blanche écrit dans son Histoire des Arts Plastiques : “Helleu marque une date dans l’histoire du goût français.” Je crois bien : il faisait la mode ! »

«
L’art n’est à la portée que de ceux qui consentent à déplaire… Cela veut dire, répondait-il, qu’il faut être vrai et aller chercher la vérité au fond des cœurs. Je n’ai pas fait autre chose. J’ai livré dans ces visages de femmes le secret de leurs cœurs. Elles voulaient plaire, elles voulaient paraître sous la forme qui inspire le plus d’intérêt et de désirs. C’est ainsi que je les ai dessinées… »

« Goncourt a baptisé l’œuvre d’Helleu une “monographie de la femme” et, en présentant ses pointes-sèches au public, il les a appelées “les instantanés de la grâce féminine”. Je ne crois pas qu’on puisse mieux dire. »

« Mais Helleu n’est pas seulement l’apologiste de la femme ! »

« On connaît ses hortensias. Les plus beaux sont chez la comtesse Marguerite de Mun.
Mais Helleu a peint toutes les fleurs de la création et non seulement au pastel, mais à l’huile, dans une pâte onctueuse et pourtant translucide comme les pétales de ces gloires de Dijon ou de ces Jacqueminot qu’il se plaisait à effeuiller sur un plateau d’argent… »

« Les sujets traités par lui le plus volontiers étaient les bosquets de Versailles, les intérieurs des cathédrales et surtout les bateaux, les yachts, ces légers papillons de mer. Ce Breton avait apporté du golfe de Vannes la nostalgie du flot fuyant et bondissant sous la carène du navire. Ses premiers grains ne passèrent pas à l’achat d’une maison de campagne, mais d’un bateau. Il avait vécu sur son yacht. L’eau avait été pour lui une compagne et une amie. Elle parlait, il l’écoutait. Le bruit de la mer faisait à ses oreilles la plus enivrante musique. Les mouvements des vagues fascinaient ses yeux.
Les changements de couleur de ce ciel liquide, ses grosses nuées d’orge, ses légers nuages d’écume, ses brumes colorées de toutes les nuances de l’arc-en-ciel, il les avait peints avec autant d’amour que ses plus chers modèles. Il avait su donner à ses couleurs la fluidité même de l’élément marin. Telle toile où claquent et se diaprent, sur un fond opalin, les flammes des yachts, tandis que leur coque prend un flou crémeux, et telle autre où les barques glissent sur la mer câline et violente à la fois, exercent cette sorte de radiation voluptueuse que développent les paysages de l’océan. »
CORPECHOT Lucien | Souvenirs d’un journaliste | Librairie Plon | Paris, 1937